Cosmobacchus, voyage sur la route occulte du vin

Si l’idée de départ de la rencontre entre un dessinateur de bande dessinée et un caviste peut évoquer « Les Ignorants » d’Étienne Davodeau, la trilogie dessinée « Cosmobacchus » de Jean-Benoît Meybeck se démarque par son style.

En effet, Meybeck nous propose d’enquêter avec lui et son ami caviste sur les coulisses de la viticulture en biodynamie, qui a le vent en poupe depuis l’engouement des consommateurs pour les vins naturels.

Au fil de cette enquête rigoureusement documentée en annexe de chaque tome, les fondements de la pratique de la biodynamie se dévoilent au travers de ses rituels mystiques empreints d’occultisme, s’inscrivant dans le dogme de l’anthroposophie.

Théorisée par Rudolf Steiner au début du XXe siècle, cette doctrine mystérieuse dont les prétentions englobent toutes les sphères de la société, de l’agriculture à la médecine, en passant par la finance ou l’éducation, est dévoilée au grand jour dans « Cosmobacchus ».

Parallèlement, l’enquête s’intéresse aussi à la viticulture traditionnelle et à son usage des pesticides, mais aussi à l’univers des salons professionnels et ses dérives commerciales, dépeignant un univers où le vin sert de prétexte à des enjeux financiers.

D’un style parfois plus proche du roman graphique que de la stricte bande dessinée, « Cosmobacchus » est une œuvre visuellement riche, qui n’hésite pas à jouer sur la dimension symbolique. Le texte se veut précis et rigoureux, retranscrivant les nombreuses lectures et interviews réalisées par l’auteur, mais n’en oublie pas pour autant d’être pédagogique et emprunt de traits d’humour bienvenus.

Surtout, le pari de Jean-Benoît Meybeck est de faire confiance au lecteur et à son esprit critique, en lui exposant des faits sourcés, en lui donnant accès à différents points de vue, mais sans jamais imposer le sien. Un choix rare, mais salutaire, tant cet exercice de pensée critique est nécessaire aujourd’hui.

Cosmobacchus (BD en 3 tomes), Jean-Benoît Meybeck, éditions Eidola.